04 juillet 2009
Etudiante à vie
30 juin 2009
Rapace ou passereau ?
28 juin 2009
Retour à l'envoyeur
24 juin 2009
breuhhhh
22 juin 2009
Action !
19 juin 2009
Dans un écrin
17 juin 2009
A juste titre
14 juin 2009
Respect
10 juin 2009
Découverte
07 juin 2009
Faiblesse dangereuse
03 juin 2009
A quand la pleine lune ?
02 juin 2009
Paradoxe pessimiste
29 mai 2009
Vraiment ?
28 mai 2009
Today
Bonne journée
un clic
ICI
Syl
26 mai 2009
Gavage
24 mai 2009
Ligne de vie
Elle regardait passer la vie.
Assise devant la petite lucarne, elle suivait les hauts et les bas d’une famille américaine, ou peut-être brésilienne, en fait, elle ne faisait pas la différence. Les disputes vides de ces gens bien habillés la distrayaient du silence quotidien qui enveloppait sa vie.
Les amours se liaient puis se déliaient devant ses yeux au fil des jours, elles les vivaient comme siennes, essuyant une larme de temps en temps, se sentant vivre par procuration, elle chez qui le silence des émotions avait laissé place au silence tout court.
Elle regardait passer la vie, assise devant la petite lucarne, comme sa mère le faisait, quand, jeune enfant, elle la surprenait, s’essuyant les yeux d’un revers de manche, au-dessus d’un roman-photos.
Quand le bruit des chaussures raclant le sol annonçait l’arrivée du père, sa mère plaçait rapidement le magazine dans son panier à ouvrages, se levait, et réveillait le feu qui couvait dans le fourneau en jetant quelques boulets de charbon sur les braises assoupies.
Les journées s’écoulaient, rythmées par le générique des feuilletons qu’elle regardait du matin au soir, génériques qui résonnaient dans la cour de l’immeuble, les notes s’échappant de sa fenêtre, mais aussi des fenêtres avoisinantes.
Quand elle entendait le bruit des clés derrière la porte, elle éteignait vite, ressentant sa seule vraie émotion de la journée : la peur d’être surprise devant la télé. Alors, elle reprenait le chiffon à poussière, le passant un peu trop méthodiquement sur la petite lucarne quand son mari franchissait le seuil de l’appartement.
20 mai 2009
Dans quelle proportion ?
17 mai 2009
Vide intérieur
14 mai 2009
Subtilité
13 mai 2009
Repas manqué
Ces
quelques jours de vacances étaient l’occasion d’aller leur rendre visite. Eux
n’avaient plus vraiment la possibilité de se déplacer. Le trajet en voiture
était devenu trop long. Le train ? Il y avait déjà longtemps que leur
petite gare ne voyait plus s’arrêter que quelques rares omnibus.
Pour
notre venue, il s’était mis aux fourneaux, comme il avait toujours aimé le
faire. Moi, ça me faisait un peu peur quand je le voyais cuisiner. Traîner la
patte entre l’évier et la gazinière, avec ses yeux qui ne voyaient presque plus
rien, c’était risqué. Mais on ne pouvait rien dire : il s’énervait dès
qu’on lui faisait remarquer sa vision défaillante ou sa marche difficile.
- J’y
vois très bien, qu’est-ce que vous racontez ! D’ailleurs l’ophtalmo a dit
que l’opération, c’était quand je voulais et si je voulais.
Tu parles, il avait surtout vu que tu avais une peur bleue des toubibs, et que tu étais rentré à reculons dans son cabinet ! Pas naïf, mais pas courageux non plus, il avait compris que tu préférais continuer avec tes 2/10° de vision actuelle plutôt que de passer sur le billard.
Nous
étions tous dans la salle à manger quand nous entendîmes un grand fracas suivi
d’un « Et merde ! » tonitruant.
Je me précipitai dans la cuisine pour te trouver debout
devant le four, le poulet nageant à tes pieds, dans la graisse brûlante, au
milieu d’une multitude d’éclats de verre. Il y en avait de partout, et toi, tu
restais planté là, râlant.
Ce
que j’ai vu ensuite, c’est ton polo blanc recouvert d’huile bouillante, et
dessous, ta peau rougie. Puis ta main, toute rouge elle aussi, et tes pieds….
Difficile
de te faire asseoir au milieu de tout ça. Et puis, comme toujours cette peur
incontrôlable des toubibs …
- Mais
non, je n’ai pas mal. Ca ne me brûle pas. C’est rien, je vous dis !
Ben
voyons, de la graisse brûlante, tout le monde savait que c’était bon pour la
peau. Il suffisait de regarder la cloque qui se formait sur ton ventre.
Pendant
que ma mère t’emmenait vers la chambre pour te couvrir de serviettes trempées
dans de l’eau froide, j’attaquai le poulet qui n’avait plus de véilléités de
fuite, si ce n’est en me glissant des mains. Ramasser la graisse chaude sur le
sol, mêlée d’éclats de verre comme des aiguilles ne fut pas une partie de
plaisir. Quatre lavages furent nécessaires pour rendre le sol propre à la
circulation.
Pendant
ce temps, je t’entendais râler à chaque évocation du corps médical, repoussant
violemment toute tentative de coup de fil au médecin de garde.
Plus
tard, quand tu refis ton apparition dans la cuisine, tout penaud de ta
maladresse, j’osai, sur la pointe des mots, te faire remarquer que celle-ci
pouvait sans peine être corrigée. Puis je m’enfuis lâchement vers la salle à
manger avec le plat de pâtes, sans tenter une attaque plus directe pour ne pas gâcher
le séjour.
Pendant
le repas, tu te vantas de ton don qui « conjurait les brûlures »
pour couper court à toute discussion. Et moi, je pensai que, finalement, si tu
avais été brûlé juste un tout petit peu plus gravement, cela aurait été
peut-être la solution pour que tu n’échappes pas à tous tes rendez-vous manqués
avec votre médecin traitant.



































