Les citajours de Syldia

Petites chroniques (à 4 mains) de la vie quotidienne mâtinées d'une touche de philosophie et d'humour.

02 juin 2007

Caligula

Les murs sont drapés d'un velours rouge pointé d'or. Au-dessus de nos têtes, les trois rangées de balcons commencent à se peupler. Celui du milieu est orné d'angelots joufflus aux mains tendus. Je me tords le cou pour admirer le plafond et son lustre clinquant entouré de fresques sur fond d'or.
Le sol de la scène est jonché de fleurs coupées, un fauteuil est renversé à côté d'un cierge allumé. Sur la gauche, un piano brille au gré des flammes dansantes des bougies. La grande table sur la droite semble marquer la fin d'un buffet.
Les gens entrent dans la salle qui résonne de multiples discussions croisées.
Un homme entre sur scène, dans l'indifférence générale, au milieu de ce brouhaha montant. Il s'approche du piano et joue quelques notes. Un autre le suit et se sert un verre, qu'il boit tout en se promenant. D'autres personnages arrivent chacun à leur tour et déambulent de la table au piano, s'asseyant, se levant, se croisant, dans un silence qui contraste avec les bavardages de la foule.
La sonnerie retentit enfin, longuement. Elle ne fait taire le bruit que l'espace d'un instant, et le brouhaha reprend de plus belle. Les balcons bruissent comme un poulailler....
Deux mondes se confrontent, vivant leur propre vie côte à côte, sans interaction. Mutisme de la scène et pépiement de la salle.
Au premier rang, une femme sort son téléphone pour appeler une connaissance qui vient se s'installer tout là-haut, au perchoir. Elle agite le bras pour se faire reconnaître. Une fois la communication visuelle établie, elle lui souhaite un bon spectacle, tout en la plaignant d'être si loin de la scène.
Une femme entre, s'assoit et se repoudre le nez. Puis, elle se lève et entame une valse triste avec un de ses compagnons d'infortune. Ces personnages qui errent et se croisent me font penser à un retour d'enterrement. L'air compassé, ils vont et viennent, comme enfermés dans leur propre histoire avec le défunt.
Soudain, les lumières de la salle s'éteignent et la rumeur aussi. Seul le piano emplit le silence. Les acteurs prennent enfin vie, la pièce commence.
Syl

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27 mars 2007

Avec

Y'a des jours avec et des jours sans. Les jours avec, on quitte le pas pesant des mauvais jours, on semble monté sur coussin d'air. On ne marche pas, on survole, un peu à la manière d'Odette Toulemonde.
Les jours avec ne sont pas différents des jours sans, mais nous, oui ! Le voile morose qui noircissait notre vision se lève pour laisser passer les couleurs. On redécouvre la beauté. Oh, les choses n'ont pas changé, nous savons juste les voir. Notre regard se tourne vers l'extérieur et ne joue plus l'introspection.
Il suffit de peu pour qu'un jour soit un jour avec : Lever le nez, ne plus fixer la pointe de nos chaussures. En fait, il suffit juste d'un peu de volonté.
Et alors on peut voir des choses merveilleuses : le vol d'une cigogne chargé de branchages, un arbre d'une blancheur prometteuse, un bonjour souriant, et plus loin, sur l'horizon : la promesse de moments partagés avec des amis.
Syl

Le B A BA des jours avec : Ne pas rentrer la tête dans les épaules.

Ca ne va pas ce matin ? Redressez-vous. C'est quasi-magique.
Le dos voûté est un dos qui subit, une posture droite est celle de celui qui va de l'avant. Le regard quitte alors naturellement le bout de nos chaussures pour se porter au loin. On quitte une position de fermeture, de repli sur soi pour une position d'ouverture. La respiration est libérée, plus calme.

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24 mars 2007

Avec ou sans

Y'a des jours avec et des jours sans. Il y a des matins où on croque la vie et d'autres où on a la sensation que c'est elle qui nous bouffe.

Les jours avec, on n'y pense pas; tout est simple, le monde n'est que sourire : du voisin croisé devant chez soi au soleil qui brille. On ne se pose même pas la question de savoir pourquoi on a la banane, ce qui motive ainsi notre bonne humeur. Tout semble nous réussir et les petits tracas quotidiens ne nous atteignent pas. Même le verre renversé sur la table et qui finit sa course en mille morceaux sur le carrelage n'atteint pas la bonne humeur qui nous anime depuis le matin.
D'ailleurs, pourquoi nous sommes-nous levés si plein d'ondes positives, si prêts à croquer la vie ? Les vingt-quatre heures de la journée ne sont pas suffisantes pour contenir notre énergie débordante.

Oui, il y a plein de jours avec.  Mais il suffit d'un seul petit jour sans pour que le bel équilibre, les belles résolutions explosent en mille morceaux.
On rentre la tête dans les épaules, on avance en trainant les pieds, le regard posé sur nos chaussures. On maudit la terre entière et on se met dans le même panier. Le soleil n'éclaire plus mais il éblouit, le voisin a un sourire qu'on lit moqueur. La pile d'assiettes glisse de nos mains comme une savonnette. Notre regard scrute la pendule d'un air suspicieux : Quoi ?  Il n'est pas encre midi ! On ne vit que dans l'attente du soir et de la fuite sous la couette pour essayer d'oublier cette journée noire. Et on s'endort en se disant d'une petite voix : "Demain est un autre jour".
Syl

Il faut garder quelques sourires pour se moquer des jours sans joie.
Charles Trenet


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29 janvier 2007

Poker ou réussite ?

La vie est un jeu de cartes. On ne reçoit pas tous les mêmes à la naissance. Notre jeu se bâtit tout au long de notre enfance à partir des cartes que nous avons reçues en héritage familial, puis par celles de notre éducation et aussi celles de nos rencontres.
Mais la vie est-elle jouée pour autant ? Est-elle une partie de poker où le bluff rafle la mise ? Non, je pense qu'elle est plutôt une réussite.
Nous restons les acteurs de notre vie. Adulte, nous pouvons compléter notre jeu librement et disposer les cartes sur la table à notre convenance. Une mauvaise carte permet parfois d'avancer dans le jeu de la vie, si on sait la lier à une autre plus favorable. Et puis, on peut choisir en pleine conscience de ne pas jouer avec toutes les cartes qui nous ont été transmises, afin de respecter un choix de vie qui nous est propre.
Etre acteur de sa vie, c'est un choix, une volonté.
Syl

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31 décembre 2006

Des mots dits, des mots écrits....des mots

Au temps d'internet et de la communication facile, on a délaissé le téléphone, comme on avait délaissé les lettres et cartes postales quelques années plutôt. Les moyens évoluent, mais le besoin de communiquer reste et c'est l'essentiel. Dommage cependant que les nouveaux canaux de paroles soient si volatiles. Que reste-il d'un coup de fil ou d'un mail après l'avoir reçu ? Rien.
J'aime cependant envoyer des petits messages par les voies internet, comme passer et recevoir des appels téléphoniques. Rien ne vaut le son d'une voix pour entendre au-delà des mots, comprendre joies et peines rien qu'à l'intonation, et aussi pour entendre les silences qui parlent autant que les mots.
Mais j'aime aussi beaucoup écrire. Je suis moins accro aux longues missives comme autrefois, mais quand je reçois une carte postale, je me dis que c'est une pensée qui a voyagé vers moi, une pensée qui continue à vivre chaque fois que je la relis. 
Je ne rejette aucun moyen de communication, j'aime trop partager avec ceux que j'aime. Mais en ce moment, je me pose des questions. En effet, je suis plongée dans une lecture qui m'emmène loin en arrière, dans des correspondances familiales qui remontent à la grande guerre, il y a presque un siècle ! Et je me rends compte du pouvoir des mots partagés, des nouvelles quotidiennes envoyées. Et de la chance que j'ai de pouvoir apprendre à connaître ma famille par ce biais, mais aussi comprendre ce qui s'est passé pendant ces années. Je raccroche les wagons comme on dit.
Et je me demande comment, dans cent ans, ma descendance pourra faire de même ? Que restera-il des coups de fil, des mails échangés ?
Syl

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18 décembre 2006

Sa chambre

Texte écrit dans le cadre d'un atelier d'écriture. Syl

Sa chambre est là au 3eme étage
Cela me fait tout drôle de dire "Sa" chambre...
Je pensais ne jamais y arriver.
Comme il est facile de passer du pluriel au singulier
Sur le papier,
Mais comme il est dur de l'oublier
Sur l'oreiller.
Sa chambre est là au 3ème étage
Et moi je suis là sur la palier
Vais-je frapper ?
Utiliser mes clés ?
Va t'il m'inviter à entrer
Va t'il éviter de me regarder.
Sa chambre est là au 3eme étage
Et moi je suis là, perdue
Je ne sais plus où aller.

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08 novembre 2006

Trésor caché

Je suis rentrée dans cette vieille maison sur la pointe des pieds, comme pour ne pas déranger les occupants. Pourtant, ils sont morts depuis tant d'années. Mais les choses ne semblent pas avoir beaucoup bougé, si ce n'est quelques cartons qui jonchent le sol, attendant de se remplir pour vider les lieux.

Des conserves de haricots trônent encore sur les étagères de l'atelier, abritées sous une pellicule de poussière. Elles côtoient des bocaux vides, qui n'attendaient qu'une saison de plus pour se garnir à nouveau.
Des planches encombrent la pièce, la sciure recouvre encore les outils, comme s'ils avaient travaillé la veille encore. Le temps semble s'être arrêté d'un coup. Et moi, je le remonte en pensée à la vitesse de l'éclair. Je revois le menuisier traverser la ruelle chargé de planches odorantes, j'entends la scie faire son travail de coupe. Je perçois dans les rayons du soleil la fine poussière boisée qui scintille en s'échappant de l'atelier par la porte restée ouverte.

Je continue la visite en montant le raide escalier qui mène à l'appartement. Des cadres sont encore accrochés au mur. Il y en a un qui retient mon attention car il représente une vue du village, un agrandissement jaunie d'une vieille carte postale. Les vieilles tapisseries me renvoient des années en arrière, quand les fleurs tenaient la dragée haute aux tentures unies et sobres.Au milieu de la pièce trône une table hors du commun. Je ne sais comment elle pourra quitter les lieux, les portes sont si étroites, et elle si massivement belle. Voilà encore une trace du bel ouvrage du propriétaire. Il avait dû l'assembler sur place, après avoir finement travaillé le plateau et les pieds dans l'atelier au-dessous.
Dans la cuisine, de vieilles casseroles en aluminium portent sur leur fond des scarifications d'un autre temps, comme les marques de reconnaissance des repas qui y ont transité. Une grand toile d'araignée lourde de poussière pend de la fenêtre de toit qui s'ouvre au-dessus de l'évier.

J'essaie de ne pas oublier le but de ma visite. J'ai pour mission de vérifier les lieux, de regarder comment les transformer quand le vide sera fait, comment les réinvestir et les faire revivre. Les belles pierres apparentes  me font rêver d'une grande pièce de vie au rez-de-chaussée. Un crépi sera le bienvenu pour éclaircir les murs à l'étage. Je me penche pour soulever le revêtement de sol qui date d'un autre temps. Il se déchire de vieillesse et découvre alors un trésor. Mes yeux sont attirés par ce qui ne devait alors être qu'un isolant sommaire, mais qui aujourd'hui représente pour moi une richesse : de vieux magazines des années 1950, des "Échos de la mode" et des "Mode de Paris". Etalés sur le sol, ils laissent apparaître de vieilles broderies et des dessins de mode au charme surrané. Et moi je tombe sous le charme, justement.
Syl

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06 novembre 2006

Un rire qui fait chaud au coeur

Je n'ai pas rêvé, j'ai entendu son rire; un petit rire léger et joyeux, un brin malicieux. Je venais de fermer les volets de la maison d'en face, celle dont les persiennes sont closes depuis quelques années, depuis le décès de sa dernière occupante.
Voir ma calade par les fenêtres d'une autre a réveillé dans mes souvenirs plein de bruits et de voix. Le son de la scie circulaire qui chantait dès le matin, en réponse aux cloches de l'église, est revenu titiller mes oreilles. L'odeur du bois coupé est monté à mes narines. Je me suis dédoublée et je me suis vue à la fenêtre, depuis celle de ma chambre, juste en face, de l'autre côté de la rue. J'ai endossé la peau d'une autre, celle que je voyais se pencher pour accrocher les volets contre le mur, et qui appelait son mari pour le repas ou qui échangeait les nouvelles du village avec une voisine rentrant de la boulangerie.

Non, je n'ai pas rêvé, j'ai entendu son rire, un petit rire léger et joyeux, un brin malicieux. Je venais de fermer la porte de la maison d'en face, celle dont l'entrée est close depuis quelques années, depuis le décès de sa dernière occupante.
Je me suis retournée, et dans une vision fugace, je les ai vues, elle et la voisine, assises sur un banc sorti de nulle part. Elle papotaient joyeusement, comme les deux cousines éloignées qu'elles étaient. Elle était appuyée sur une canne, et elle regardait vers la place de l'église en riant, comme quelqu'un qui vient de jouer un bon tour à un importun.
Et j'ai compris qu'elle était bien là, pas seulement dans mon coeur et mes pensées; et qu'elle se réjouissait avec moi de ce petit exploit qui nous permettait de soustraire de l'avidité de quelques-uns un bien qui n'avait sa place que dans le patrimoine familial.

Non, je n'ai pas rêvé, j'ai entendu son rire, un petit rire léger et joyeux, un brin malicieux. Et si vous pensez que je suis devenue folle, et bien tant pis. Folle peut-être, mais heureuse, et ça, ça n'a pas de prix.
Syl

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19 octobre 2006

Le vaisseau de la nuit

La maison est silencieuse. Tout le monde dort. Les craquements du vieux plancher semblent muets cette nuit. Ils sont couverts par le bruit du tonnerre qui gronde, roule et se fracasse contre la montagne. Les vitres vibrent à chaque déferlante.
A intervalles réguliers, les éclairs illuminent la chambre d'une clarté de fin du monde. De violentes rafales envoient des branchages cogner contre les volets. J'entends les chaises de jardin valser et racler le sol de la terrasse, sous les assauts du vent.
La maison s'emplit de ce tumulte incroyable et semble sans défense face à cette attaque du ciel. Elle vibre et claque sous les coups répétés, tel un vaisseau perdu en mer un jour de tempête.
Puis, d'un coup, le silence se fait; un calme inquiétant et suspect s'installe. Je retiens mon souffle, dans un sentiment inconscient d'empathie avec la maison.
Comme un animal blessé lançant son dernier assaut, l'orage déchire la nuit d'un superbe éclair, suivi instantanément d'un claquement sec et violent.
Les vannes du ciel s'ouvrent alors et le vent cesse. Un rideau de pluie dense se met à tomber sans discontinuer. Les gouttes lourdes frappent le sol d'un bruit sourd. Dans le lointain, l'orage gronde encore, s'éloignant vers la vallée.
La maison se remet alors à respirer en grincements et craquements, comme un vaisseau fatigué qui vient d'essuyer une tempête.
Syl

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05 octobre 2006

Phage et phobe

La prochaine fois que je loue un gîte pour les vacances, je regarderai à deux fois l'équipement promis.
Oh non, ne croyez pas ça ! Nous n'avons pas été déçus par une annonce qui ne tenait pas ses promesses, loin de là !
Tout, il y avait vraiment tout dans cette magnifique maison bretonne. Du micro-ondes au sèche-linge, en passant par les flûtes à champagne, rien ne manquait, pas même le superflu.
Nous étions accompagnés par des amis de longue date. Carnivores et rizophages mais quelque peu végétaphobe, la léguminophage et fruitophage que je suis a su ménager la chèvre et le chou !
Mais dans ce grand gîte, il y avait un équipement superflu : Un petit écran... Et mes amis, en plus d'être carnivores sont téléphages !
J'ai donc lu, écrit et aussi beaucoup joué car les enfants, eux, ont su se décoller de la petite lucarne. Nous avons
souvent ouvert les boites de jeux de société, mais aussi fait des concours de vol plané avec des avions en papier. Nous  avons même testé un nouveau jeu acheté dans un magasin quimpérois : "Guillotine".
Moi, c'est bien la télé que j'aurais guillotiné si j'avais pu !
D'ailleurs ce sera la condition siné qua none pour le choix du prochain gîte : Pas de lucarne animée !
Syl

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