Les citajours de Syldia

Citations imagées, chroniques de livre...

24 mars 2006

Désamour filial

De mon arrière grand-mère, je n'ai aucun souvenir agréable.
Ceux qui peuplent ma mémoire sont tous sans lien affectif, sans amour....mais avec un rejet de sa part qu'elle ne cachait pas.
Pourquoi ? Je ne comprenais pas enfant pourquoi elle se comportait avec moi comme elle le faisait, mais j'en étais blessée. Je n'avais rien fait de mal (c'est bien la question que se pose tout enfant face à un adulte qui est méchant) et je recevais ses mots, ses regards, ses gestes comme des gifles.  Son regard savait si bien appuyer ses paroles blessantes.
Avec beaucoup de recul et d'années, j'ai compris les raisons de son comportement. Mais comprendre ne veut pas dire excuser.
Je suis née en 4ème position dans la famille de son petit fils. Après 2 filles, ses premières arrières petites filles,  mes parents ont eu un garçon.Pour elle, la famille avait tout ce qui était socialement nécessaire et  mes parents n'avaient pas besoin de faire un autre enfant. Quand je suis née, je n'ai représenté pour elle qu'une charge, une bouche à nourrir en plus, une bouche qui allait en plus retirer des moyens aux trois autres. Donc j'étais de trop. Un autre garçonaurait peut être trouvé place à ses yeux, mais une fille...

Elle était couturière et avait fait une grande partie des vêtements portés par mes frère et soeurs. Mais je n'ai pas souvenir qu'elle en ait cousu un seul pour moi. Ma grand-mère oui, mais elle non.
Je revois encore ce jour où elle a donné de l'argent à mes parents pour qu'ils achètent de beaux pantalons à leurs enfants, car le dimanche, il fallait être bien habillé pour aller à l'église ! Enfin, pour trois de leurs enfants seulement. Je revois ces pantalons en toile beige; pantalons qui ont fini quelques années plus tard dans mon armoire et que j'ai du mettre, alors qu'ils me brûlaient....
Pour elle, il n'était pas nécessaire de gaspiller l'argent pour moi : "Il y a  les vieilles affaires des autres pour elle" !

Je la revois me fixant de son regard dur et ironique et caresser le chien en disant : "Tu es brave TOI, oh oui, TOI, tu es brave, le chien !"
Il lui arrivait aussi de parler en patois. Elle devait penser que je ne comprenais pas mais c'était faux. Il est des intonations et des mots qui se comprennent très bien. Quelquefois, ma grand mère la reprenait.

Elle a ancré en moi ce lourd sentiment d'être de trop, ce sentiment de ne pas valoir grand chose; tous ces sentiments qui me font douter encore de mes capacités aujourd'hui et qui me poussent à devoir encore et toujours prouver que je peux être utile, que je sais être autre chose que " la dernière, la "de trop".Syl

Posté par Syl69 à 08:26 - Textes - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires sur Désamour filial

  • bonjour SYL, j 'aime bien te lire .les personnes souvent ne se rendent pas compte du mal que l 'on peux faire , et surtout à cette époque , je pense que nous , nous avons beausoup évolués!Tu remarquera que souvent les personnes sympas , c 'est souvent les personnes qui on ramés !moi , j 'avais un pere dur !! a 16 ans j 'ai claqué la porte, par contre , ça m 'a donné plein de force.C 'est bien écrit , je partage ta façon de voir les choses !! Dit moi, ce mat , c 'est la pluie qui t 'a fait écrire ce texte ? le soleil arrive qd ? ça va te donner un peu de peche !!!bonne journeé! jm

    Posté par jm26, 24 mars 2006 à 08:44 | | Répondre
  • Je ne sais pas si c'est une question d'époque. En tous cas dis-toi que pour tes amis tu n'es pas de trop et que tu vaux "de l'or".

    Posté par phil, 24 mars 2006 à 10:26 | | Répondre
  • Il est certain que le manque de confiance qui peut nous habiter, l'impression de ne pas être important etc, nous est donné dès notre plus jeune âge (tout comme le contraire d'ailleurs). Essayer de se dépatouiller avec ça n'est pas chose simple. Un des remèdes sans doute est de réaliser qui tu es devenue aujourd'hui, combien tu es importante aux yeux de tes proches, de tes amis, ce que tu es capable de faire et de donner. Réaction inverse à tout ce qui a pu te faire mal, et ça c'est une belle victoire. Souvent, mon frère et moi on dit "on s'en est bien sortis"... même si la confiance en nous n'est pas permanente, on réalise qu'on aurait pu "mal tourner", reproduire, refaire la même mélasse.
    Et si je suis là en train de t'écrire, c'est que tu es très importante à mes yeux, que tu comptes beaucoup

    Posté par Pralinette, 24 mars 2006 à 10:37 | | Répondre
  • Syl,

    Tu es unique, tes mots, tes rires (virtuels),tes poèmes ou tes remarques et tes encouragements déborde d'énergie et d'altruisme, tu donnes sans demander à recevoir, quand tu reçois on a toujours l'impression d'avoir accomplis une très grande chose, tout simplement car tu inspires confiance, cette confiance qui est caché au fond de toi et sans laquel certain de tes lecteurs n'auraient jamais osé venir.

    Tu n'es certainement pas la dernière , ni "la de trop"

    Merci d'être là.

    Toudoux.

    Posté par Toudoux, 24 mars 2006 à 12:05 | | Répondre
  • Tu dis

    maintenant avoir compris pas excuser (bien sûr) mais il faut aussi pardonner ( ça ne veut pas dire non plus excuser où donner raison), tu en seras encore mieux aprés.
    Je pense que tu as pris ta revanche dans le vie ( si on n'en meurs pas, on devient plus fort'e'), tu es sûre de toi et ouverte aux autres et je pense que surtout tu n'as pas et tu ne reproduiras pas ce comportement, queel belle victoire.
    J'ai beaucoup de plaisir à te lire et je te remercie pour ce que tu es devenue et qui nous permet de nous rencontrer sur le web.

    Posté par michéle, 24 mars 2006 à 16:43 | | Répondre
  • Merci

    Je n'ai d'autres mots à vous dire, tant je suis touchée de vos mots à vous.
    De tout coeur, merci.
    :')

    Posté par Syl, 24 mars 2006 à 17:09 | | Répondre
  • Cri ...

    ... du coeur, lucide et courageux.

    Bon week-end. Yvon.

    Posté par Yvon, 24 mars 2006 à 23:52 | | Répondre
  • je dirais qu'une chose:

    je te comprends très bien!!.... )

    ma rébellion n'est pas innée, bien que!....

    Posté par carpofolo, 25 mars 2006 à 13:09 | | Répondre
  • Coup de coeur !

    Il y a quelques temps j'avais attrapé ton blog au vol...
    Ce dimanche, je passe en revue tous mes "favoris", j'en élimine bcp mais le tien je le retiens ! Je ne peux pas tout regarder aujourd'hui mais je vais revenir. Ce texte est très émouvant, tu y exprimes qqch de fort avec bcp de pudeur. Ce qui m'interpelle le plus c'est que personne ne semble comprendre ou ressentir ce que tu vis à ce moment là de ton enfance, que personne te rassure ! Tu as une sensibilité et une fibre artistique, tes images sont belles, il y a bcp de poésie même dans la présentation de blog. Ne doute pas de toi et de ton talent.
    Bizzzzzzzzzz

    Posté par Thanna, 26 mars 2006 à 19:49 | | Répondre
  • Merci beaucoup de tous vos commentaires.
    Je précise suite au commentaire de Thanna, que je n'ai pas eu une enfance malheureuse. Il ne faut pas croire ça.
    Elle était je pense très consciente du moment où elle pouvait me faire ses réflexions. J'étais seule avec elle ou alors il y avait ma grand mère, qui l'a reprise plusieurs fois. J'ai encore ses paroles en mémoire, ces moments-là.
    Mais je crois que alors, on ne percevait pas le mal que de tels comportements répétitifs pouvaient avoir comme impact sur une petite fille.

    Posté par Syl, 27 mars 2006 à 08:32 | | Répondre
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